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Invité de marque aujourd’hui dans le canapé avec Pamela du power trio parisien Pamela Hute. Fraîchement signée chez « Guess What » , la branche rock et internationale du sacro saint label « tôt ou tard », Pamela revient sur son parcours de Myspace à la signature. Vous allez tout voir, tout savoir. Décollage immédiat pour la planète Hute….

1- L’aventure « Pamela Hute » a débuté début 2006 si je me souviens bien, pour « aboutir » à une signature chez Guess what !, le label rock international de « Tôt ou Tard ». Le groupe a lui-même évolué dans sa forme pour aboutir à un trio. Comment as-tu vécu ce développement ? Pamela Hute, ça été la galère …ou pas ? Rétrospectivement, quels mots placerais tu sur ce parcours ?

C’était un parcours nécessaire dans le sens où un groupe ne peut pas se stabiliser en 1 mois, arriver à une certaine maturité en si peu de temps, dans le fond comme dans la forme. Il faut de la patience.
C’est aussi une histoire humaine, de goûts, de priorités esthétiques. Le passage du quatuor au trio c’était ça : retrouver l’essentiel, mettre en valeur les chansons en travaillant un son original. C’était une étape très excitante de tout remettre à plat musicalement après plus d’un an de travail à quatre.
On était très naïfs au début, on cherchait notre style, notre image, on se connaissait mal tous les trois et ça se ressentait de diverses manières. Ce parcours a permis à la formule de s’affiner, à notre son de se préciser, et à gagner une crédibilité réelle; c’était beaucoup de travail mais j’ai énormément appris.
On s’est donné les moyens de se développer dans de bonnes conditions grâce à Igor, qui est le clavier du groupe et qui a produit le projet jusqu’à la signature, cet été chez Guess What, le nouveau label de Vincent Frèrebeau.

Rétrospectivement, galère? pas du tout, mais si il n’y avait pas eu cette signature au printemps dernier, j’avoue que nous arrivions un peu au bout de nos forces, autant financièrement que psychologiquement. Le timing était idéal en somme, et nous étions prêts pour l’aventure.

2- Très tôt, tu as fais le choix de t’entourer dans cette aventure (Agence de promo, manager, etc…) et de garder le contrôle sur la distribution numérique de tes titres. Avais tu« stratégisé » ton développement ? Si oui comment ?

Il n’y avait pas réelle stratégie au départ même si j’ai toujours été très déterminée.

Quand j’ai commencé en 2005-2006, je ne connaissais rien du milieu de la musique, de la chaîne de travail, à part ce que j’avais lu dans la presse et dans les livres. J’avais une sorte d’intuition théorique de ce qu’était le métier d’auteur-compositeur, la réalité d’un groupe rock, sans jamais avoir été confrontée au monde réel. Je voulais juste écrire les chansons et je ne connaissais pas le fonctionnement de l’industrie sur le terrain, les difficultés concrètes liées à l’époque : tout cela m’était totalement inconnu.
S’entourer d’un manager était une manière pour moi d’être accompagnée dans ce parcours et d’apprendre. Une sorte de rite initiatique !
D’un point de vue business c’était hors de propos, car le groupe n’était pas prêt en 2006 pour intéresser sérieusement les professionnels, et notre manager pas réellement qualifié pour nous apporter un contrat. On a continué notre route tous les trois seuls pour se concentrer sur la musique et avoir quelque chose de fort et de solide à défendre sur scène et sur disque.

En 2008 cependant, quand nous avons commencé à travailler sur l’album, c’était un peu différent, il fallait voir plus loin que le bout de son nez et penser à une stratégie. Organiser la promo, trouver une distribution, être apte à négocier. Bref, s’entourer de personnes compétentes était obligatoire et essentiel.
Autoproduction ne signifie pas complètement Do It Yourself, même si il faut évidement se débrouiller, faire de lourdes concessions, accepter de re-investir en permanence dans le projet. Il est important de se structurer au maximum pour s’infiltrer dans les rouages de l’industrie et obtenir une visibilité auprès des médias et du public.

Le fonctionnement de l’industrie musicale n’a pas changé depuis des années, alors que la réalité sur le terrain est totalement chamboulée. C’est ce qui est très compliqué à appréhender aujourd’hui.
Les labels ne signent pas ou trop peu de nouveaux projets, les autoprods fleurissent, mais les médias continuent de ne mettre en avant que des artistes signés. Il ne défrichent pas du tout, sont complètement tétanisés à l’idée de prendre le moindre risque. Il faut donc trouver des partenaires, faire comme si on était signé en quelque sorte. C’est le seul moyen d’avancer. C’est un peu du bluff.
Sur toute la partie distribution numérique, la problématique était au cœur du débat en 2006 déjà, et tout le monde voulait être sur iTunes. A n’importe quel prix, et sans conscience de la valeur réelle des droits numériques. Bon nombre d’agrégateurs de contenus proposaient des contrats édifiants aux artistes, bloquant leurs droits pendant 5 ans, ou plus, rajoutant des clauses étranges sur la synchro etc. Je ne me suis jamais fait avoir, l’enjeu est trop important. Aujourd’hui on peut facilement être sur iTunes ou ailleurs, sans céder ses droits, et c’est la moindre des choses !

3- Comment as-tu signé et qu’est ça change concrètement pour toi?

L’histoire est assez idyllique.
C’est un copain journaliste qui me suit depuis mes débuts qui a envoyé en janvier 2009 l’adresse de mon myspace à Vincent Frèrebeau, patron de Tôt ou Tard, qui est un de ses très bons amis. Je n’étais même pas au courant.

En avril Vincent Frèrebeau a écouté ou ré-écouté, aimé, et a voulu en savoir plus. Nous étions à une vingtaine de jours de la sortie de notre album dans les bacs, en pleine promo. Je suis malgré tout rentrée en contact avec Vincent, lui ai envoyé l’album et nous nous sommes rencontrés. J’avais eu le temps d’enquêter un peu sur le label, que nous n’avions jamais démarché, et dont le catalogue extrêmement élégant me laissait, et me laisse encore, rêveuse.

Je suis allée seule au rendez-vous, pour rencontrer Vincent Frèrebeau et savoir ce qu’il avait en tête. C’était mon premier rendez-vous avec un label de toute ma vie ! L’ambiance était assez informelle, on a parlé guitares vintages et Beatles. Et Vincent a été très clair, il voulait le projet et avait des ambitions internationales. Et moi j’étais totalement éberluée.

A partir de là, tout était dit. Nous avons dû freiner des quatre fers, stopper net notre sortie d’album, revenir sur nos engagements auprès du distributeur à qui nous avions déjà livré les disques…
La signature s’est faite ensuite assez rapidement. Le label a racheté les masters de l’album à Igor, et m’a signé en contrat d’artiste pour plusieurs opus. Le pire, c’est que le contrat est bon ! Le label n’était jamais venu nous voir en live, et n’avait écouté aucun autre titre que ceux de l’album avant la signature…

Vincent Frèrebeau établit une relation très directe et très franche avec ses artistes, il parle très librement d’argent, il ne fait rien miroiter, il est réaliste mais pas blasé. Et surtout, il travaille comme tout le monde devrait travailler. Son label a gagné de l’argent alors il investit sur de nouveaux artistes. Il n’a pas peur de faire du développement, de prendre un projet à ses débuts. Il prend des risques ce qui ne l’empêche pas d’être ambitieux.
C’est entre autre ce qui m’a plu chez lui, cette fraîcheur et cette capacité à s’enthousiasmer naturellement et sincèrement sur un projet, alors que ça fait 25 ans qu’il fait ce métier. C’est une rencontre en somme, tout simplement.

D’un point de vue plus terre à terre, la signature change beaucoup de choses pour moi ! Je suis désormais totalement désœuvrée ! C’est un encadrement différent. Autant d’un point de vue légal et administratif, que d’un point de vue logistique. Financièrement aussi, c’est soulageant, évidemment. Dans ce cas particulier, Guess What! (Tôt ou Tard) est un label indépendant, une équipe de 10 personnes à peine. Il y a un côté très familial; je ne me sens pas du tout perdue dans une immensité administrative. Je sais qui fait quoi, c’est très clair, et en ce sens cela ne change pas beaucoup de l’organisation que nous avions avant avec notre équipe. C’est juste une ampleur différente, une autre efficacité.


4 – L’album qui sortira chez Guess what as t il été réenregistré, retravaillé par rapport à « Turtle Tales from overseas » qui est sorti il y a quelques mois ?

Oui. Nous avons enregistré l’album en mai 2008, cela fait plus d’un an, et je suis tombée d’accord avec le label sur le fait que l’album pouvait être amélioré et rafraichi. La version que nous vendions sur notre site est la version collector, unique, l’album pré-signature, avec un packaging très spécial : c’est une vraie pièce unique (http://www.pamelahute.com/2009/PAMELA_HUTE/Pamela_Hute_-_Music.html) Nous avons enregistré de nouveaux titres, repensé le tracklisting, bref nous avons essayé de faire un opus plus compact, différent, plus à notre image en 2009.


5 – Aujourd’hui beaucoup d’artistes passent par la case autoproduction et se retrouvent au moment de la signature à réenregistrer ou retravailler un album déjà existant. Comment l’as-tu vécu ? C’était : Chouette, je vais vraiment pouvoir faire ce que je voulais ? Ou un peu difficile de remettre les mains dans le moteur ?

C’était en effet difficile de se remettre au travail cet été, d’autant que l’été précédent, nous étions déjà en train de finaliser l’album…j’avais une forte et désagréable impression de déjà-vu. Et puis cette fois nous n’étions pas dans le même contexte que lors de l’enregistrement qui a eu lieu pendant 10 jours dans une grande maison dans le sud de la France. Il a fallu ruser pour rester cohérent au niveau du son.
C’était un effort pour moi, il y a des mixages qui ont duré des jours, on a essayé de re-enregistrer des titres, sans succès. C’était très éprouvant psychologiquement. Mais je suis ravie du résultat. L’album qui va sortir chez Guess What! est différent, et je l’aime. Je ne pensais pas en être capable après tout ce temps et tous ces rebondissements.

6 – Tu as été une pionnière sur Myspace en France. Avec le recul, comment vois tu aujourd’hui cette plate forme et ses évolutions ? Myspace est il encore « a place for music » ?

Pionnière je ne crois pas, mais oui, j’étais en plein dedans en 2006, quand c’était l’explosion, que tout le monde était sur myspace et ne parlait que de ça.
Aujourd’hui la plateforme a été clairement désertée au profit de facebook qui souffre aussi d’une saturation d’informations. Je reçois une vingtaine d’invitations à des événements, des groupes, des fans club par jour. Cela n’a aucun sens.
Myspace essaie de se renouveler en piquant les idées de ses concurrents, mais je crois que cela va être difficile. Les gens sont lassés.
A mon sens il est important d’être visible partout sur le net, mais un artiste doit privilégier son image personnelle, et ne pas dépendre uniquement des réseaux communautaires. Les blogs des artistes fleurissent et sont exactement ce que l’internaute-mélomane recherche; une réelle interactivité, l’impression de suivre le parcours de l’artiste, de réfléchir avec lui.
A ce titre je pense que twitter va résister plus longtemps; c’est moins contraignant, plus direct, il s’agit juste d’un partage d’info entre des personnes. C’est un réel espace de liberté, et d’échange d’informations, sans la lourdeur de la communauté.

7- Que penses tu des sites de streaming comme Deezer, musicme et des labels participatifs qui fleurissent sur le net ?

En audio-geek que je suis, je suis vraiment atterrée par la qualité audio miteuse du streaming sur Deezer, et encore plus atterrée de constater que les gens s’en contentent avec ravissement. Quel est le sens de la chaîne de production? Aller dans un studio avec une acoustique spéciale et du matériel de qualité, travailler parfois avec un réalisateur, soigner ses prises, faire des expériences sonores, masteriser, tout cela afin de créer une identité sonore, une esthétique, avoir un son parfait… et au final ton titre est massacré sur Deezer à cause d’une compression streaming ignoble. Il y a vraiment une incohérence, non?
Cela me gène vraiment.
Autrement, le côté « je pioche et je fais ma compil », c’est chouette. Mais ça ne me fascine pas plus que ça, je faisais ça sur des K7 il y a 15 ans !
En ce qui concerne les labels participatifs, c’est un label comme un autre… c’est juste que l’argent est pris ailleurs, en l’occurrence chez les internautes. C’est un autre business-model mais le fonctionnement est le même qu’un label classique.
Il ne faut pas se leurrer, il y a là encore beaucoup d’arnaques, beaucoup d’incompétences. Les contrats sont souvent catastrophiques et bon nombre d’artistes ne sont pas informés convenablement et tombent dans le piège.
My Major Company est le seul modèle qui marche, parce que derrière il y a du très lourd, notamment pour la distribution physique; il y a de l’argent, et un savoir faire. Le fils de J-J Goldman et ses copains ont certainement réuni une fine équipe, et de vraies compétences. Il a les relations pour. Cependant, à part Grégoire, carton judicieusement orchestré…quel artiste est réellement sorti du lot de MMC à ce jour?

On ne s’improvise pas directeur de label, comme ça, en ayant été manager d’un groupe dans les années 80 ou sous fifre dans une major pendant 15 ans. La plupart de ces labels participatifs sont incohérents artistiquement, et n’ont rien de sérieux à apporter aux artistes. Cela me fait penser au concours live Emergenza : les organisateurs comptent sur le public des groupes pour remplir leur caisse, remplir et louer les salles. Là c’est pareil, le label compte sur la communauté du groupe pour financer le projet. Mais il ne suffit pas d’avoir de l’argent pour développer convenablement un projet.
Il faut aussi un savoir-faire, des idées, de l’intuition. Cela ne s’improvise pas. Je suis plus curieuse de voir ce que va donner le modèle de kisskissbankbank, qui, à part son nom ridicule et imprononçable, propose une vraie alternative crédible.

8- Un date pour la sortie de l’album ? Des projets ? Une exclu ?

Pas de date fixée encore, février ou mars 2010 vraisemblablement. Cela dépend de pas mal de choses que je ne maitrise pas pour le moment. Cependant, tout est en préparation, le single Don’t Help Me devrait commencer à arriver sur les ondes début novembre. Nous avons une belle date le jeudi 3 décembre 2009 au Bataclan à Paris, en première partie de Shakaponk, camarades de label eux aussi ! Bref, peut-être une apparition dans une grosse émission de TV, mais je suis superstitieuse alors je n’en dirai pas plus. Voilà, ça avance doucement, mais sûrement. Il est possible que 2010 soit l’année Pamela Hute

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