
|
A l’exception du Snep, qui représente les majors, et d’un certain nombre de producteurs indépendants, tous semblent d’accord pour que ces services fonctionnent sur un régime similaire à celui de la radiodiffusion : les autoriser à diffuser n’importe quel titre du commerce en échange du paiement d’une licence à des sociétés de gestion collective d’artistes, d’auteurs et de producteurs, sur la base d’un pourcentage de leur chiffre d’affaires. Si la mission Zelnik devait trancher cette question, elle pourrait décider de l’avenir du statut du producteur phonographique en France. En effet, celui-ci bénéficiant du droit d’autoriser peut fixer ses tarifs et ses conditions (avances ou minimums garantis notamment). C’est aussi lui qui, suite au contrat qu’il a signé avec l’artiste, le rémunère en fonction du taux négocié… et des multiples abattements. Ainsi, le producteur maîtrise ses investissements et les adapte en fonction du succès escompté. Une licence amènerait le producteur à ne plus pouvoir fixer son prix de vente, ni non plus son prix d’achat ou du moins, l’une de ses principales variables : son taux de royaltie. Bien sûr, cette mesure aurait des avantages concrets et immédiatement visibles : accès de toutes les productions à tous les services à un tarif transparent et égalitaire ; accès pour tous les artistes à une rémunération transparente et égalitaire, à un taux probablement supérieur à celui pratiqué aujourd’hui. A plus long terme, une telle mesure bouleverserait la filière musicale : si le producteur ne contrôle plus ni ses prix, ni ses débouchés, ni ses achats, il va prendre beaucoup moins (voir plus du tout) le risque de produire et surtout, d’investir des moyens pour promouvoir un artiste. Alors qu’aujourd’hui, la propriété d’un master est un actif en échange duquel un entrepreneur peut prendre un risque sur le développement d’un projet, dans le cadre d’une telle décision, le droit sur le master ne permettrait le retour sur investissement qu’à beaucoup plus long terme. Dans le jeux de redistribution des rôles au sein de la filière, cela peut permettre aux éditeurs de reprendre la main. Mais ceux-ci, précisément parce qu’ils ont peu de maîtrise sur leurs débouchés, ont toujours limité leurs investissements, attendant qu’une maison de disque soit à leur côté pour mettre des moyens. Et quid des artistes interprètes qui, n’étant pas les créateurs de leurs titres, ne pourront pas réunir les investissements d’un tiers afin de développer leur carrière ? Il y a bien aussi le manager, mais ne comptez pas sur lui pour investir sur son artiste, ce n’est pas son rôle. Tout au plus pourra-t-il tenter de trouver de l’argent ailleurs, subventions publiques (région, ville) mais aussi auprès d’acteurs privés comme des marques, des opérateurs de télécom ou des producteurs d’image (publicité, cinéma, jeu vidéo…). Reste que les managers ont surtout pris le plis d’aller chercher de l’argent dans les maisons de disques, qui sont à ce jour et sauf rares exceptions les seules capables de financer un projet et de le mener à bien. Bien sûr, certains diront que c’est le sens de l’histoire, que le producteur phonographique n’a plus de raison d’être puisqu’il n’aura plus de disque à vendre et que la musique en ligne est de toute façon gratuite. Et finalement, que les éditeurs ont aussi, en leur temps, dû faire cette révolution en voyant les partitions (la partie « support physique » de leur activité) devenir la portion congrue de leur revenus. Il est part ailleurs à remarquer que, de plus en plus, les artistes maîtrisent leur production et donc, sont propriétaires de leurs masters. De plus en plus d’artistes autoproduits gèrent leurs carrières au sein de structures (associations 1901, sarl) qu’ils ont créé. On pourrait ainsi tout à fait imaginer, à l’avenir, que la société de gestion collective des droits des artistes (Adami) intègre en son sein les producteurs, de la même manière que la société de gestion collective des auteurs (Sacem) intègre en son sein les éditeurs. Et tout irait pour le mieux dans le meilleur des monde… Reste la question à laquelle je n’ai pas encore trouvé de réponse : qui va prendre alors en charge le rôle d’investisseur, mutualiser le risque sur plusieurs artistes/projets, apporter des moyens pour accompagner les artistes ? Le public à travers des sites participatifs ? Les difficultés actuelles de Spidart montrent que ce modèle n’est pas aussi prometteur qu’il n’y paraissait. L’artiste alors ? Sans doute, sachant que l’époque des investissements lourds est révolue. Fini les albums à 150.000 €, fini les clips à cinquante mille, fini les tour support. Plus personne ne peut s’engager sur des moyens importants. Chacun misera un peu, et attendra de voir si l’artiste avance avant de remettre la main au portefeuille… Step by step. Mais revenons à nos sites de streaming… Philippe Astor, refaisant ses calculs, nous montre qu’ils rémunèrent 35 fois plus les ayants droits que la radio. Soit. Ce 35 fois plus est virtuel puisqu’il s’appuie sur le nombre de paire d’oreilles ayant écouté un titre et non pas sur le chiffre d’affaires généré. De plus, dans le partage de la radio, artistes et producteurs jouent à parité (50/50) avec une Sacem qui capte environ autant que les deux réunis pour les auteurs/compositeurs et éditeurs, tandis que pour le stream, le producteur se taille la part du lion, sur le modèle du disque, laissant un petit pourcentage aux auteurs. Quand aux artistes, ils doivent comme pour le disque attendre de recevoir leur relevé de royalties pour savoir ce qu’ils vont toucher. Ainsi, alors qu’aujourd’hui, le stream ne rapporte pas un sou, ou si peu, la filière se bat pour le partage de ces quelques miettes, quand elle aurait sans doute plus intérêt à rechercher le consensus pour agréger de nouvelles sources de revenus. Le succès de la mission Zelnik se mesurera à l’aune de ses propositions d’intérêt général pour les contenus, tous les contenus, et tous ceux qui les créent et les produisent. Si elle devait se résumer à une guerre de tranchée entre partenaires de la création, les majors des télécom et les géants du net auront de quoi rigoler encore un peu… Rémi Bouton |
Most Popular |
|
|
|
|
|
| |





